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Assimilation des Innus

Assimilation des Innus d’Unamen Shipu – L’époque des pensionnats indiens

L'objectif avoué de l'éducation était de« tuer l'Indien au cœur de l'enfant ».

Adaptation du témoignage de M. Guy Bellefleur, ancien chef d’Unamen Shipu, tirée du livre Uashteu.

Les Oblats, missionnaires Catholique, ont joué un rôle marquant dans la nation Innu d’Unamen Shipu. Très tôt dans leur enfance, les Innus étaient forcés d’aller à l’école et les pensionnats de Sept-Îles ou Havre-St-Pierre, ce qui les obligeait à quitter leur communauté dix ou onze mois par année. Dans ces écoles et pensionnat, on empêchait les Innus de communiquer dans leur langue maternelle et de porter des vêtements traditionnels ce qui a fortement perturbé leur mode de vie et coutumes.

C’est seulement depuis les années 60 que les Innus sont devenus sédentaires. Habitués à vivre nomade dans la forêt, sous des tentes, les ancêtres étaient très proches de la nature et agissaient selon des règles que chacun se devait de bien suivre. L’intrusion de l’hommes blancs a produit un bouleversement difficile à gérer. Non seulement les coutumes n’ont pas été respectées, mais il y eu des abus concernant la trappe, principalement celle des castors, des martres et des loutres.

Pour les Oblats, les fourrures avaient une valeur monétaire, leur permettant d’acheter des biens dont des chandeliers et des coupes en or pour leurs églises. Pour les Innus, chasser les animaux étaient d’abord une question de subsistance. La viande servait de nourriture; les peaux permettaient de se vêtir; et les os étaient utilisés dans la fabrication d’outils. Les Innus ont donné une très grande quantité de fourrures de qualité à l’Église catholique.

À l’école, les religieuses ainsi que les missionnaires oblats enseignaient la catéchèse. Le but des Oblats, conjointement avec le gouvernement, était de sédentariser les communautés innues afin de mieux s’approprier les ressources présentes sur leur territoire.

« J’ai pratiqué la religion catholique pendant de nombreuses années. J’ai même été enfant de chœur. Jeune garçon, je me souviens souvent rendu compte des contradictions inhérentes au catholicisme. Je m’apercevais que l’argent occupait une importance démesurée dans la vie des missionnaires. Toutefois, je demeurais silencieux et leur démontrais du respect. J’étais trop jeune pour lancer des critiques.

Par contre mon grand-père était un homme qui s’exprimait bien et qui aimait dire la vérité. Je l’ai souvent entendu tenir tête aux Oblats. Il était en désaccord avec certaines de leurs pratiques, autant envers leurs fidèles qu’à l’extérieur de l’Église. Par exemple, lors du décès d’un membre de la communauté, nous savons que la religion catholique enseigne que les membres de la famille doivent payer des messes afin que l’âme du défunt soit sauvée. Il va de soi que les familles bien nanties pouvait donner des montants d’argents importants, tandis que les familles pauvres donnaient très peu. Je me souviens avoir vu notre missionnaire oblat, du haut de sa chaire, liste en main, énumérer publiquement les gens qui donnaient beaucoup et ceux qui donnaient peu. Plus la somme était grosse, plus il haussait le ton. Il ne manquait jamais l’occasion de préciser que lors des funérailles précédentes, les revenues avaient été supérieurs.

Je me souviens d’une autre occasion où mon cousin et moi étions allés au presbytère offrir nors services pour de petits ouvrages. Nous faisions cela régulièrement. Cette journée-là, l’Oblat était de mauvaise humeur. Il a saisi mon cousin, l’a conduit dans le salon et lui a coupé affreusement les cheveux, sans l’autorisation de ses parents. Moi, je me suis sauvé ! Plusieurs jeunes de mon âge étaient ainsi humiliés.

Une autre atrocité était les mariages forcés. Les missionnaires décidaient qu’une telle personne allait se marier avec un telle ou une telle autre personne. Dans certains cas, des petites filles de treize ou quatorze ans étaient retirées de leur communauté et forcées de marier des hommes plus âgés qui habitaient d’autres communautés, loin de chez elles et de leur famille. Évidemment, si quelqu’un s’opposait au curé, c’était comme s’il s’opposait à Dieu. Il nous était donc interdit de critiquer « le prêtre de Dieu ». Il portait une grosse croix attachée à son cou, et nous lui devions respect et obéissance.

Si quelqu’un osait se plaindre, il recevait la visite d’un policier de la Gendarmerie royale du Canada. Son rôle était de protéger les missionnaires. En vérité, la police montée avait initialement été instituée pour protéger les « Sauvages ». Lorsque les missionnaires sont arrivés, ce sont les « Sauvages » qui sont devenus les méchants. Les missionnaires étaient les bons gars, car ils travaillaient en partenariat avec le gouvernement. Ainsi, lorsque des parents refusaient d’envoyer un de leur dans un pensionnat administré par les religieux, ils recevaient la visite du gendarme. On les menaçait de couper leurs subsides gouvernementaux.

Vous comprenez maintenant pourquoi j’ai mentionné que l’intrusion de l’homme blanc a produit de terribles bouleversements dans les communautés autochtones. Toutes ces actions étaient volontaires et planifiées à de hauts niveaux. On voulait contrôler et « civiliser les Sauvages » pour mieux prendre possession de leurs biens. C’était un geste politique planifié. Nous étions considérés comme des étrangers dans notre propre pays. Les missionnaires se sont servies de la protection de l’État pour abuser nos parents.

De la même manière, un bon nombre de corporations, incluant des compagnies américaines, en complicité avec les gouvernements se sont appropriés nos rivières à saumons pour en faire des clubs privés. Ils ont même utilisé la Bible pour nous berner et nous mentir. Lorsque je réfléchis à toutes ces injustices, cela me fait très mal. »

Guy Bellefleur, Unamen Shipu